Somalie: plus de cinq millions de personnes souffriront de la faim dans les prochains mois [1/3]
Reportage Afrique

Somalie: plus de cinq millions de personnes souffriront de la faim dans les prochains mois [1/3]

2026-11-01

02:19

En Somalie, il y a urgence : la crise de la malnutrition est devenue plus que critique. Selon la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, près de 5 millions et demi de personnes connaîtront la faim entre octobre et décembre. 35 ans de conflit et de déplacements de populations, les récentes crises climatiques et l’effondrement de l’aide humanitaire mettent aujourd’hui des vies somaliennes en danger.

De notre envoyée spéciale de retour de Kismayo,

À l’hôpital central de Kismayo, capitale de l’État du Jubaland, dans le sud de la Somalie, des enfants sont venus consulter au centre de stabilisation. Soutenu par le Comité international de la Croix-Rouge, il offre des soins d’urgence aux victimes de malnutrition. Ce jour-là, les patients ont entre 12 et 14 mois. Aucun ne pèse plus de 5 kilos. « Ici, c'est l'unité des soins intensifs. On a quatre patients. Tous souffrent de malnutrition aiguë, chacun avec des complications différentes, explique le Dr Abdulkarim Khayie. Cet enfant souffre de déshydratation. Celle-là a une pneumonie. Elle vient de la campagne de l'ouest de Kismayo. Quand elle est arrivée hier, elle était en grande souffrance. On lui a prescrit des soins d'urgence : oxygène, compléments alimentaires, antibiotiques. Si elle n'était pas arrivée, elle serait morte en six jours. »

Selon la FAO, les zones rurales concentrent 62 % des cas de malnutrition. Pour leurs populations, l’accès aux soins est difficile. Les infrastructures de santé sont inexistantes. Les transports manquent. Mais surtout, il est quasi impossible d’obtenir l’autorisation des shebabs, groupe armé terroriste qui contrôle les campagnes. « J'ai marché pendant trois jours jusqu'à ce que je rencontre une voiture. J'ai dû m'enfuir. Les shebabs ne voulaient pas me laisser partir pour faire soigner ma fille, témoigne une maman qui préfère garder l’anonymat. Ils disent qu'on ne peut pas emmener les enfants, sinon le village va se vider. Alors ils nous forcent à rester. Ils m'ont envoyée à une pharmacie dans une zone qu'ils contrôlent. Là-bas, il n'y avait pas de médicaments. Alors je me suis enfuie dans la forêt et j'ai marché. »

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« Je suis venue ici parce que je mourais de faim »

Autre difficulté : les combats incessants. En ce moment dans le Jubaland, les troupes de l’État central mènent une offensive contre les shebabs. « Je suis venue ici parce que je mourais de faim. Mes enfants sont partis et m'ont laissée seule au village, dans la région de Jamaame. Je n'ai pas de ferme, je suis trop vieille pour travailler, confie Adna, la soixantaine, alors je dépendais de la générosité des voisins qui ont des petits lopins de terre, mais eux-mêmes ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. Il y avait trop de combats, des avions, des bombardements qui ruinaient les terres. Les gens sont tous partis. »

433 000 enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë sévère, dans les prochains mois, selon les Nations unies. Le plan de réponse humanitaire pour la Somalie pour 2026 n’a été financé qu’à hauteur de 15 %.

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